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Des règles de l'art, asbestiformes?

Mise à jour n°00 du 31/12/2020 - 17:17

Avertissement au lecteur: cet article fait l'objet d'un sujet dans le Forum A4 et sera mis à jour au fil des échanges.

Mi décembre 2020, un nouveau site internet est mis en ligne avec le slogan suivant: "Tout savoir sur les Règles de l’art Amiante en sous-section 4". Ce projet a pour vocation d’allier prévention du risque amiante, respect des règles techniques et de la réglementation lors des interventions en SS4.

Or, avec ce titre accrocheur, ne voudrait-on pas vous faire prendre des vessies pour des lanternes?



Au 27/12/2020, seules 13 fiches sont publiées, réputées concerner 8 métiers comme maçon, peintre, plombier ou couvreur. "La recherche d’information sur le site est facilitée par la mise à disposition de différents filtres : métiers, matériaux, techniques, MPC, etc. Chacun de ces critères de recherche peut renvoyer à une ou plusieurs fiches. Chaque fiche est organisée en 5 parties : introduction avec les points clés de l’intervention, la préparation, l’intervention, le repli et la décontamination."

Ce nouveau site prends la suite de la campagne "amiante réponse d'expert", lancé en avril 2012 et abandonné dans l'indifférence générale, sans qu'aucun bilan n'en soit tiré par les autorités(1). Il est vrai qu'à cette époque, l'arrêté formation du 23 février 2012, abrogeant celui du 22 décembre 2009, avait bien besoin d'un podium type "réalité show", vu qu'il venait d'assouplir les obligations de formation des intervenants SS4, notamment en supprimant la formation de premier recyclage à 6 mois et en prolongeant de 12 mois le délai de validité des attestations de compétence, sous la pression de certains lobbys(2).

Mais qu'est-ce qu'une "Règle de l'Art"?

Afin de pouvoir conclure s'il existe ou non des "règles de l'art amiante", il parait primordial de revenir sur la notion académique.

Dans un article du Moniteur du 30 octobre 2009, intitulé Dix questions sur les règles de l'art, le professeur Emmanuelle Marc déclare: « Les règles de l'art désignent le savoir-faire habituel que le maître d'ouvrage peut attendre d'un professionnel dans son champ d'activité ». Les règles de l'art ne font l'objet d'aucune codification. "On peut les associer à la notion de « contrat d'entreprise », c'est-à-dire au contrat qui porte sur une obligation « de faire », et donc « de bien faire », par opposition à l'obligation « de donner » qui caractérise le contrat de vente de marchandises, par exemple".

Elodie Cloâtre, responsable de la chaîne réglementation du site http://www.lemoniteur.fr, avait introduit la notion dans un article publié le 09/10/2009 Droit de la construction : les règles de l'art en cinq questions: "Les règles de l'art constituent le "savoir-faire habituel" que le maître d'ouvrage peut attendre des professions considérées ou "hommes de l'art". Ainsi, les règles de l'art sont l'ensemble des pratiques professionnelles d'un corps de métier à respecter pour que les ouvrages soient correctement réalisés. Ces règles sont très diverses (dosage de matériaux, temps de séchage, manière de poser un produit, de fixer un objet, nécessité d'apposer une couche de finition sur une surface propre...)."

Pour que les ouvrages soient correctement réalisés, ou maintenus en parfait état de fonctionnement, voire utilisés en bon état d'usage, les propriétaires ou les locataires doivent respecter leurs obligations respectives d'entretien ou de maintenance. Il est en effet admis que tout ouvrage existant - et en l'occurence ici pour les parties d'immeubles contenant des MPCA - doit satisfaire les fonctions attendues, pour lesquelles il a été conçu et édifié. Prenons un exemple d'intervention courante, la "mise en peinture", objet d'une des fiches publiées sur le site.

RECOUVREMENT DE PEINTURE / ENDUIT : MISE EN PEINTURE [INTÉRIEUR]

Ainsi, une paroi intérieure revêtue d'un enduit peint doit pourvoir conserver les différentes fonctions décoratives, acoustiques, voire sécuritaires ou sanitaires, pour lesquels elle a été édifiée et que les usagers sont en droit d'attendre d'elle. En l'occurence par exemple à l'occasion d'une "mise en peinture" à l'issue d'une intervention de maintenance ou d'entretien de la dite paroi ou de l'un des équipements qui y serait incorporé ou fixé. De facto, on l'admet aisément, en cas d'intervention importante, c'est le {peintre/solier} qui interviendra, car seul détenteur d'un savoir faire lui permettant de garantir la remise en état similaire à celui préexistant, notamment en cas de sinistre. Par contre, en cas de remplacement d'un appareillage électrique ou fixation d'un conduit de fluides, le {plombier} ou l'{électricien} peut être amené à effectuer des retouches limitées.

Dès lors, pour respecter les Règles de l'Art inhérentes au métier, tout intervenant s'enquerra de divers éléments lui permettant de garantir la parfaite réalisation de son action sur l'ouvrage, comme par exemple la nature et l'état de conservation des subjectiles(3) concernés, la présence d'un ou de plusieurs enduits de finition, la nature physico-chimique, la patine de la peinture en place.

Suite à cette recherche, l'intervenant choisira la technique et les produits les mieux appropriés pour ne pas nuire à l'ouvrage existant. En fonction de ces choix, les mesures de protections collectives et individuelles seront retenues, notamment en cas de recours à des produits contenant des agents chimiques dangereux. Mais en aucune manière, l'évaluation des risques n'interférera dans la prescription des techniques et produits requis pour satisfaire les termes du contrat, tout comme la couleur ou la texture des sous-vêtements de l'artiste peintre n'est pas sensé influencer l'oeil de la coloriste...

Il eut été admirable de prendre connaissance d'une fiche métier "peindre en présence d'amiante" traitant de ce sujet au semblant très banal. On y aurait trouvé différents scenarii en fonction justement des situations les plus courantes, classées par type de subjectile et selon leur état de dégradation, par nature de peinture, par catégorie d'action, classée de la moins agressive à la plus intrusive. Ainsi, un tableau récapitulatif aurait pu nous indiquer les divers niveaux de risque d'exposition aux poussières d'amiante en fonction de l'état des matériaux, de la nature de l'intervention et des techniques utilisées.

illustration de la phase "intervention" de la fiche "Mise en Peinture"

Que nenni. La fiche publiée concerne une situation exceptionnelle : la mise en peinture d'une section de paroi intérieure estimée en bon état de conservation. Mieux il est précisé en point 4 de l'étape intervention: "Attention cette opération de recouvrement doit être effectuée sur un mur en bon état. En cas de dégradation du support, il conviendra de réaliser une étape de préparation".

Résumons: après avoir mis en place "un film de propreté sur les éléments susceptibles d'être contaminés", ainsi que "sous la zone de travail", après s'être équipé "dans la zone d'approche, des EPI adaptés à l'intervention", l'intervention consiste directement à:

  1. Préparer le matériel nécessaire à l'opération
  2. Nettoyer le mur à l'aide de lingettes si nécessaire
  3. Jeter les lingettes dans le sac déchets amiante
  4. Appliquer la peinture au rouleau ou à la brosse.

Donc, la seule préparation des subjectiles présents consiste, si nécessaire, à "nettoyer le mur à l'aide de lingettes", sans préciser la nature des composants chimique, ni l'objectif de l'opération. Or, ici même, la nature de l'additif nettoyant ou désinfectant de la dite lingette présumée humidifiée, serait à préciser afin d'attirer l'attention des intervenants sur le risque de modification physico-chimique du support "prêt à peindre", effets susceptibles de nuire à la qualité de la prestation. Dès lors, l'obligation de "nettoyer le mur à l'aide de lingettes spécifiques à la prévention amiante" serait de nature à modifier les règles de l'art du peinturage (4).

Des vessies* pour des lanternes?

A partir de l'étude de cette fiche que nous désignerons comme "fiche témoin", il est aisé d'extrapoler la critique à l'ensemble de la démarche. Car les concepteurs déclarent rédiger de nouvelles règles à partir des retours d'expériences, en édulcorant tant les principes généraux des règles de l'art techniques pratiquées par les professionnels que les recommandations des instances spécialisées ou les suggestions des fabricants de produits.

* Les vessies de porcs mâles étaient autrefois utilisées pour réaliser des abat-jours, car en durcissant elles permettaient la décoration de bougeoir et autres luminaires. Les véritables "lanternes" étaient elles équipées de verrerie plus ou moins colorées, résistantes aux inopinés retours de flamme.

Posons en premier lieu un corolaire: s'il existe une classification ancestrale des corps de métiers permettant aux "hommes de l'art" d'oeuvrer chacun dans leur domaine tout en prenant soin de l'état dans lequel ils ou elles laisseront l'ouvrage aux mains des oeuvriers leur succédant, il n'existe pas de métier dit "Sous-Section-Quatre".

Car contrairement à la plupart des activités visées par la "Sous Section Trois"(5), réalisées elles par des personnels qualifiés pour le traitement de l'amiante, au sein d'entreprises certifiées pour ce type de prestation, les interventions sur ou à proximité des MPCA - autres que celles réservées à la SS3 - peuvent être réalisées par des corps d'état mettant en oeuvre des modes opératoires adaptés à chacune des activités.

Délégation de RésoA+ le 22/02/19 au CNAM

Depuis la publication des arrêtés du 20 juillet 2O18 qui créent les 3 titres professionnels d’encadrant techniqued’encadrant de chantierd’opérateur de chantier de traitement de l’amiante et autres polluants particulaires, le métier de "désamianteur/dépollueur" est en voie de stabilisation. Ce qui a été exposé avec brio le 22 février 2019 au CNAM, à l'occasion de la dernière journée de la première session de formation des formateurs destinés à encadrer la délivrance des dits titres professionnels. A l'opposé, il n'est pas envisagé de créer un titre professionnel adapté aux intervenants SS4. Et pour cause: les préconisations de protection du travailleur exposé aux fibres asbestiformes ne constituent aucunement un corpus technique spécifique influençant les objectifs et performance des matériaux ou produits mis en oeuvre. Tout comme d'ailleurs les principes de prévention des chutes de hauteur, qui selon le site prévention-btp, "demeurent une des principales causes d’accidents graves et de décès dans le BTP." Et ce malgré l'existence du métier de monteur-échafaudeur.

D'ailleurs cette comparaison nous donne raison.

Pour faciliter l'entretien des murailles, depuis la plus haute antiquité, les maitres maçons prenaient soins de ménager des encoches permettant de fixer durant la construction, les traverses d'échafaudage. Mais ces "trous de boulins(6)" étaient entretenus durant toute la vie du bâtiment.

Durant la période dite "usage contrôlé de l'amiante", entre 1982 et 1996, les industriels se sentir obliger de prendre en considération les exigences croissantes des autorités sanitaires pour lutter contre les risques d'exposition à l'amiante. D'une part, dès 1977, en réduisant les proportions d'amiante pur dans les préparations pour flocage, et d'autre part en façonnant les plaques ondulées d'amiante ciment avec des coins coupés, limitant ainsi dans les deux cas, l'empoussièrement sur les chantiers. Cette époque fut marquée par l'influence du Comité Permanent Amiante, précurseur du PDRA(7).

Ces modifications de matériau (flocage) ou de produit (plaque en amiante-ciment) eurent des conséquences directes tant dans la qualité de la mise en oeuvre que dans la survenue de désordres ultérieurs.

D'un coté, les produits de substitution à l'amiante dans les flocages ne présentèrent pas les mêmes performances de résistance au feu(8), de l'autre coté, les plaques aux "coins prédécoupés en usine" provoquèrent parfois des défaut de recouvrement suite à des cassures d'about d'ondes mal ajustés. Le façonnage préventif entraina une perte de "savoir faire", priorisant le statut de poseur de plaques, au détriment de celui de couvreur-zingueur.

Si l'on peut comprendre que pour "sauver l'industrie du magic minéral" les chercheurs furent sollicités pour calfeutrer les avaries, on peut s'étonner de voire aujourd'hui naitre cette construction chimérique de "règles asbestiformes", issue de l'accouplement de la carpe et du lapin(9), qui plus est cautionné par les représentants des "hommes de l'art", en mode R&D, et semble-t-il validé par un "comité d’approbation réunissant des représentants de la filière construction (CAPEB, FFB, AQC, USH et UNSFA), des préventeurs (OPPBTP), des assureurs (FFA), et des pouvoirs publics (DGT et DHUP)".

A ma connaissance, il n'existe à ce jour qu'un seul procédé SS4 innovant, susceptible de modifier quelques règles de l'art, en cas de maintenance d'appareillages sur ou à proximité de parties d'ouvrage amiantines.

illustration du FixUniv - dossier de présentation du procédé lors de l'instruction CEVALIA

Il s'agit du procédé "FIX-A+", nom commercial de la solution FIX-UNIV" ayant reçue un avis de la CEVALIA(10) en 2018 sous la référence 2018-006. En effet, contrairement aux autres avis, celui ci porte sur un procédé facilitant la maintenance d'appareillages fixés ou à fixer sur des parties d'ouvrage amiantines et non à réduire simplement le risque d'exposition sans modifier les gestes métiers.

A contrario, tous comme les autres "avis CEVALIA", les mesures de prévention exposées dans les fiches du site concerné par cet article, si justifiées soient-elles, ne peuvent constituer des innovations technologiques modifiant les règles techniques établies.

Au fait, lanternes ou balivernes?

Au moyen âge, le terme lanterne avait un double sens. Le plus connu, pragmatique, désignait un "appareil d'éclairage, souvent portatif, constitué d'une boîte ou d'une enveloppe à parois transparentes ou translucides, à l'intérieur de laquelle est placée une source lumineuse." Mais le second, moins connu signifiait "baliverne". D'où l'expression "prendre des vessies pour des lanternes"(10).

En effet, on peut se poser la question de la probité de certaines recommandations préconisés dans les fiches décriées.

Si l'on revient à notre fiche "mise en peinture", on notera le passage sur les "Équipements de Protection Individuelle". On apprendra in fine que le port de combinaison intégrale dit de type 5/6 oblige les opérateurs de chantiers à quitter leur vêtements de travail habituels, ainsi que leurs sous-vêtements, pour revêtir des sous-vêtements jetable à usage unique sous la combinaison (point 14 de l'étape 4 - décontamination). Or la fiche se garde bien de signaler cette difficulté lors de l'étape 1: préparation, point 12: "Créer une zone d’approche, une zone déchets et une zone de décontamination à l'écart des regards ou un sas souple".

On comprend bien pourquoi. Les mesures de prévention collectives et individuelles ont été mise au point et peaufinées depuis plus de deux décennies pour des chantiers de traitement dit SS3, avec des processus provoquant un empoussièrement si important qu'ils ne pouvaient être réalisés hors confinement de la zone de travail. Et qui dit confinement, dit sas d'accès des personnels qualifiés et des déchets afin de maintenir en permanence un isolement des volumes propres (approche, stockage des déchets) du volume contaminé (zone de travail).

Dès lors, les règles de conduite des opérateurs spécialisés, revêtus de leurs protections individuelles, ont été finalisées afin de permettre une entr'aide entre compagnons à l'entrée ou à la sortie de zone tout en conservant une intimité dans les sas de 3 ou 5 compartiments, sous la surveillance d'un encadrant de chantier déguisé en sas-man. Dans ces situations, il est acceptable de mobiliser des moyens lourds de décontamination, vu l'encrassement putatif des EPI exposés à des niveaux d'empoussièrement élevés et durant de longues vacations successives.

Extrait du Film "Les Tontons Perceurs" produit par l'INRS en 1997

Mais pour des chantiers de maintenance ou d'entretien, qui plus est lors de vacation courte dans des locaux habituellement occupés, n'est-il pas aberrant de dégrader ces dispositifs collectifs et individuels au lieu de rechercher des solutions les moins émissives techniquement possible?

Il faut d'ailleurs se rappeler de l'engouement des services préventeurs au lendemain de la parution des deux décrets jumeaux du 7 février 1996 fondant la nouvelle réglementation amiante. Concomitamment à la sortie du film éponyme "Les Tontons Perceurs" produit par l'INRS, l'OPPBTP édité son premier jeu de "Fiches Pratiques" relative à la section 3 du décret 96-98.

28 fiches illustrant des interventions susceptibles d'émettre des fibres dont la finalité est la rénovation, la réhabilitation, la maintenance et l'entretien. On y trouve aussi bien une opération de "remplacement d'une installation de chauffage dans un local floqué avec retrait partiel de flocage" (Fiche n°1) que le "Remplacement de plaques en amiante ciment" (Fiche n°28). Dans la première, les EPI préconisés étaient un "Appareil à adduction d'air comprimé, avec masque complet, cagoule ou scaphandre et une combinaison de travail jetable ou lavable"
Dans la seconde, un simple "1/2 masque filtrant jetable FFP3" était recommandé.

A force de crier au loup, on n'évite pas le danger!

Certes les campagnes de mesures d'empoussièrement réalisés sur les chantiers de retrait d'amiante ont révélé la présence de niveaux importants, parfois inattendus, et entrainé un abaissement salutaire de la VLEP.

Mais qui peut croire un seul instant que pour repeindre une crédence de cuisine de moins de 3m2, après remplacement des meubles hauts par un menuisier habilité, l'équipe de peintre - constituée selon la fiche de deux opérateurs - va appliquer avec ferveur l'ensemble des 65 points d'étapes(12), alors même que le support est considéré en bon état? Et suspens: les gars rentreront-ils tous guillerets à l'atelier après chaque vacation, pour prendre une douche d'hygiène "dans les locaux prévus par l'employeur"?

Il faut raison garder et d'ailleurs se demander pourquoi le site des "règles de l'art amiante" ne renvoient pas tout simplement sur les "Fiche Métier Amiante" de l'INRS, mise à jour en octobre 2016. Notons d'ailleurs que ces fiches avaient l'originalité de proposer, pour chaque "métier" des situations illustrant la démarche préventive permettant à, chaque encadrant technique de forger des propres modes opératoires.

La fiche métier "Peintre-tapissier" préconise d'ailleurs des moyens bien divergents de ceux recommandés dans notre fiche témoin "mise en peinture", à savoir:

1: j'essaye d'éviter le risque:
> ne pas intervenir sur le matériau 
> ne pas intervenir dans un local comportant des matériaux émissifs (flocage, calorifugeage, faux plafonds...) ou des matériaux dégradés.
Par exemple:
• Repeindre des supports ou des revêtements amiantés, en bon état, sans abrasion du support.
• Poser un revêtement (peinture, papier peint) sur une plaque d’amiante située derrière un convecteur, au lieu de retirer la plaque.
Équipements de protection : > sans
(13)

Dès lors, les préconisations de l'OPPBTP sont elles cohérentes aujourd'hui avec celles de l'INRS?

En guise de conclusion liminaire au débat nécessaire...

On l'a vu, depuis 1996, les divers services de prévention des risques professionnels ont publié des "outils d'aide à la décision" afin que les employeurs - y compris les travailleurs indépendants intervenant seuls - puissent sécuriser leurs propres modes opératoires tout en poursuivant leurs activités du BTP, sans modifier pour autant les règles de l'art pratiquées par chacun des métiers. Car l'esprit des principes généraux de la prévention des risques s'attache uniquement à bannir les gestes et les situations provoquant un empoussièrement inapproprié et incite les encadrants à choisir les solutions les moins émissives, compte tenu des techniques connues ou innovantes. A défaut de solutions techniques appropriées, des moyens de protection collectives sont pris, complétés par le port d'Equipements Individuels adaptés.
Mais en aucune manière, sauf exception, nous assistons aujourd'hui à une révolution dans les opérations de maintenance ou d'entretien, voire même de rénovation prévoyant le maintien de l'amiante incorporé par destination dans les immeubles bâtis.

En inventant la notion de "règles de l'art amiante", les initiateurs brouillent le message préventif en laissant croire en l'émergence d'une nouvelle catégorie de métiers. De plus, ils profitent d'aggraver certaines préconisations au mépris des solutions innovantes destinées à faciliter justement la réduction du risque à la source. Ce que je qualifierai de tentative chimérique en prélude au débat auquel j'invite toutes les personnes de bonne foi, femmes et hommes de l'Art.

Glossaire

(1) Le dossier de presse précise: "Cette campagne vise à faire prendre conscience aux chefs d’entreprise et salariés du BTP du risque amiante  et à les alerter sur l’absolue nécessité et l’obligation réglementaire d’être informé. Pour cela, l’OPPBTP met en œuvre plusieurs supports:
• « QUESTION D'EXPERT », une émission TV interactive enregistrée sur DVD et accessible sur Internet,
• Une lettre d’information sur les dangers de l’amiante envoyée à toutes les entreprises du BTP,
• un site dédié créé pour l’occasion : http://www.amiantereponsedexpert.fr

La campagne sera déployée auprès de toutes les entreprises du avec des insertions dans la presse professionnelle et régionale. Elle sera relayée également par tous les partenaires institutionnels et organisations professionnelles".

(2) Il faut se rappeler les réticences de la CAPEB à cette époque, notamment en 2013, sa pétition contre l'extension de la certification SS3 aux travaux de retraits en extérieur. L'argument principal mis en avant était "En matière de santé au travail, la faible durée d’exposition à l’amiante des travailleurs réalisant des opérations de réfection de couverture (retrait/dépose totale d’amiante) est sans commune mesure avec l’exposition des travailleurs réalisant des opérations de désamiantage ou de dépose de plusieurs milliers de m² de toitures". Bilan de l'action, un décret modificatif repoussa d'un an l'entrée en vigueur de la dite certification.
(3) Subjectile: Surface externe sur laquelle le peintre applique une couche d'enduit, de peinture, de vernis. Pour la première couche, le subjectile s'identifie au matériau qui est appelé à recevoir le système de peintures
(4) Peinturage: Action de peindre ou de peinturer; résultat de cette action.
(5) 1° de l'article R.4412-94 du Code du Travail:  "travaux de retrait ou d'encapsulage d'amiante et de matériaux, d'équipements et de matériels ou d'articles en contenant, y compris dans les cas de démolition".
NB: Afin de permettre la montée en compétences des professionnels de la couverture, qui effectuent des travaux de retrait d’amiante relevant de la sous-section 3 ou des interventions relevant de la sous-section 4, l’arrêté du 20 mai 2020 crée un certificat complémentaire de spécialisation (CCS) intitulé « réaliser des travaux sur des matériaux amiantés liés à des éléments de couverture » au sein du titre professionnel de couvreur-zingueur.
(6) Un boulin est une pièce d'échafaudage en bois horizontale, engagée dans la maçonnerie par une ouverture nommée « trou de boulin ».
(7) Commentaires de Claude Got sur le CPA
Le "comité permanent amiante" est une structure informelle mise en place en 1983 pour réunir différentes parties concernées par la gestion du risque lié à l'usage de l'amiante. Nous connaissons assez bien les circonstances de sa création, les échanges de lettres et comptes rendus ont été conservés, et lors de ma mission sur l’amiante de 1998, j’ai pu les faire scanner et les placer sur le site internet du ministère de la santé.

(8) On l'a oublié un peu vite, mais la glorieuse période du flocage amiantin ne durera que 3 ans, des lendemains immédiats de l'incendie du collège PAILLERON dans la nuit du 6 février 1973 jusqu'à son interdiction par arrêté du 29 juin 1977 pour les locaux d'habitation. Elle a été ensuite étendue à tous les bâtiments dès lors que la concentration de l'amiante dans les produits utilisés était supérieure à 1 %, par le décret n° 78-394 du 20 mars 1978.
(9) Cette expression témoigne de certaines unions mal perçues, considérées comme contre nature. À l'échelle humaine, on parlerait du noble et de la roturière (qui a contribué à l'expression). On ne marie pas en effet deux espèces différentes et opposées. (source l'internaute)
(10) Afin d’apporter une aide aux maîtres d’ouvrage de bâtiments chargés de prendre part à des chantiers en présence d’amiante, une commission d’évaluation des innovations techniques dans le domaine de la détection et du traitement de l’amiante dans le bâtiment a été créée par le décret 2017-34 du 13 janvier 2017. Ces innovations ont pour objet d’améliorer :
• La détection et la mesure de l’amiante dans l’air et dans les matériaux ;
• La gestion des opérations de travaux et des interventions en présence d’amiante; 
• La gestion des déchets amiantés.
L’évaluation est une procédure volontaire et collégiale permettant à un fabricant ou un développeur de vérifier que son innovation répond à des critères veillant à la protection individuelle et collective des travailleurs. La mise en œuvre de techniques innovantes et évaluées doit contribuer à accélérer les opérations de rénovation des bâtiments.

(11) Selon le site Expressions Françaises, "la difficulté ne résidait pas dans la confusion entre les deux objets mais dans leur valeur métaphorique. En effet au XVIème siècle, les lanternes avaient un sens figuré  à savoir des balivernes ou des absurdités et vessie signifier gonfler et vendre la vessie voulait dire carrément vendre du vent."
(12) Comptons ensemble: étape 1 "préparation = 20 + étape 2 "intervention = 4 + étape 3 "repli" = 14 + étape 4 décontamination = 27, soit 20+4+14+27=65
(13) Oui, vous avez bien lu: pour le re-peinturage d'un revêtement contenant de l'amiante, aucun EPI spécifique n'est préconisé par l'INRS en 2016, alors que pour la même prestation, l'OPPBTP préconise un 1/2 masque P3 et une combinaison type 5/6 et des sous-vêtements jetables... Mais jusqu'où s'arrêterons-ils?